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Intérêts composés : comment ça marche, avec des exemples

C'est le mécanisme le plus cité de la finance personnelle, et souvent le plus mal expliqué. L'idée est pourtant très simple : les intérêts que vous gagnez viennent s'ajouter à votre capital, et produisent à leur tour des intérêts. Répété assez longtemps, cet enchaînement change complètement l'allure d'une épargne.

La rédaction Épargne Malin

Jeune pousse verte sortant de piles de pièces, image de la croissance d'une épargne

En bref

On parle d'intérêts composés lorsque les intérêts d'une période s'ajoutent au capital et produisent eux-mêmes des intérêts la période suivante. La croissance n'est alors plus linéaire mais exponentielle. Concrètement, l'effet est presque invisible les premières années puis s'accélère nettement : c'est pourquoi la durée pèse davantage sur le résultat final que le montant versé chaque mois.

Intérêts simples et intérêts composés

La différence tient à une seule question : les intérêts restent-ils sur le compte ou en sortent-ils ?

Avec des intérêts simples, ils sont versés ailleurs. Le capital ne bouge pas, et chaque année rapporte exactement la même somme. Avec des intérêts composés, ils restent et grossissent le capital : chaque année rapporte donc un peu plus que la précédente, sans que vous n'ayez rien fait de plus.

1 000 € placés à 4 % pendant 20 ans, à titre d'illustration
AnnéeIntérêts simplesIntérêts composés
1 an1 040 €1 040 €
5 ans1 200 €1 217 €
10 ans1 400 €1 480 €
20 ans1 800 €2 191 €

Regardez la première ligne : au bout d'un an, les deux colonnes sont identiques. C'est ce qui rend l'effet si contre-intuitif. Il ne se voit pas au début, et l'écart n'apparaît vraiment qu'après une dizaine d'années.

La formule, et ce qu'elle dit

Pour un capital placé sans versement, la formule s'écrit : capital final = capital initial × (1 + taux) puissance nombre d'années. Le « puissance » est tout le sujet : c'est lui qui transforme une progression régulière en courbe qui s'envole.

Un raccourci mental utile est la règle de 72 : divisez 72 par le taux annuel en pourcentage, et vous obtenez le nombre d'années nécessaires pour doubler un capital. À 3 %, il faut environ 24 ans ; à 6 %, environ 12 ans. L'approximation est grossière mais donne un ordre de grandeur instantané.

Ce que ça donne avec des versements réguliers

C'est la situation la plus courante : on ne place pas une somme une fois pour toutes, on verse tous les mois. Les intérêts composés s'appliquent alors à un capital qui grossit sans arrêt, ce qui amplifie encore l'effet.

150 € par mois, rendement hypothétique de 3 % par an, sans capital de départ
DuréeTotal verséCapital estiméPart des gains
5 ans9 000 €9 686 €7 %
10 ans18 000 €20 927 €14 %
20 ans36 000 €49 155 €27 %
30 ans54 000 €87 232 €38 %

La dernière colonne raconte toute l'histoire. Après cinq ans, les gains représentent une part marginale du capital. Après trente ans, ils en représentent plus du tiers — sans un euro versé de plus chaque mois.

Le graphique du calculateur sépare visuellement ce que vous versez de ce que les intérêts ajoutent. Faites glisser la durée pour voir la partie dorée s'épaissir.

Voir l'effet sur ma situation

Pourquoi commencer tôt change tout

Puisque l'effet dépend du temps pendant lequel l'argent travaille, les euros versés en premier sont ceux qui comptent le plus. Un euro placé à 25 ans a quarante ans devant lui ; le même euro placé à 45 ans n'en a que vingt.

L'exemple classique est celui de deux épargnants. Le premier verse 100 € par mois de 25 à 35 ans, puis s'arrête définitivement — soit 12 000 € versés. Le second ne commence qu'à 35 ans, mais verse 100 € par mois jusqu'à 65 ans, soit 36 000 €. Avec la même hypothèse de rendement, l'écart final entre les deux est bien plus faible que le rapport de un à trois entre les sommes versées. Les dix premières années du premier ont travaillé trente ans de plus.

Ce que les intérêts composés ne font pas

L'effet est réel, mais il est souvent présenté de façon trompeuse. Trois nuances méritent d'être posées.

  • Le rendement n'est jamais constant. Les tableaux ci-dessus supposent un taux identique chaque année, ce qui n'existe que sur un livret réglementé — dont le taux, lui aussi, est révisé régulièrement.
  • L'inflation joue exactement le même mécanisme, en sens inverse. Ce qui compte n'est pas le rendement affiché mais l'écart entre ce rendement et la hausse des prix.
  • Les frais se composent aussi. Des frais annuels de 1 % ponctionnent chaque année un capital croissant : sur trente ans, leur effet cumulé est loin d'être anecdotique.

Enfin, un rendement plus élevé ne se décrète pas. Il s'obtient en acceptant un risque de perte ou une immobilisation plus longue. Les intérêts composés amplifient ce que vous obtenez ; ils ne créent pas de rendement là où il n'y en a pas.

Les erreurs à éviter

  • Juger l'efficacité de son épargne sur les trois premières années, alors que l'effet ne s'y voit pas encore.
  • Retirer ses intérêts au fur et à mesure, ce qui supprime purement et simplement le mécanisme.
  • Utiliser un rendement élevé dans une simulation sans mesurer le risque correspondant.
  • Oublier l'inflation et comparer un capital futur à des prix d'aujourd'hui.
  • Négliger les frais annuels, qui se composent exactement comme les gains.

Questions fréquentes

Quelle est la formule des intérêts composés ?

Pour un capital sans versement : capital final = capital initial × (1 + taux annuel) puissance nombre d'années. Avec des versements réguliers, le calcul se fait mois par mois, ce que fait le calculateur du site.

Le Livret A produit-il des intérêts composés ?

Oui. Les intérêts sont calculés par quinzaine et versés au 31 décembre, puis s'ajoutent au capital et produisent à leur tour des intérêts l'année suivante — dans la limite du plafond de versements.

Qu'est-ce que la règle de 72 ?

Une approximation qui donne le nombre d'années nécessaires pour doubler un capital : on divise 72 par le taux annuel en pourcentage. À 4 %, il faut donc environ 18 ans. Utile pour un ordre de grandeur, pas pour un calcul précis.

Au bout de combien de temps l'effet devient-il visible ?

En général après huit à dix ans, et il s'accélère nettement au-delà de quinze ans. C'est pour cette raison que les intérêts composés ne constituent pas un argument pertinent pour une épargne de court terme.

Sources

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