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Épargne de précaution : combien faut-il mettre de côté ?

L'épargne de précaution est la réserve qui absorbe les imprévus : une chaudière qui lâche, une voiture à réparer, une baisse de revenus. Elle n'a pas vocation à rapporter, elle a vocation à être là. C'est la toute première étape d'une épargne, avant même de se demander où placer son argent.

La rédaction Épargne Malin

Tirelire blanche dans laquelle est glissé un billet de 20 euros

En bref

La règle la plus répandue consiste à mettre de côté l'équivalent de trois à six mois de dépenses courantes, sur un support disponible immédiatement et sans risque de perte en capital. Un salarié en contrat stable peut viser le bas de la fourchette ; un indépendant, un intérimaire ou un ménage à revenu unique a tout intérêt à viser le haut, voire davantage.

À quoi sert vraiment une épargne de précaution

Son rôle n'est pas de faire fructifier votre argent. Il est d'éviter que le moindre imprévu ne vous oblige à vous endetter, à découvert ou par crédit à la consommation, ou à défaire un placement au plus mauvais moment.

C'est ce dernier point que l'on sous-estime le plus. Sans réserve, une dépense imprévue de 1 500 € oblige à récupérer l'argent là où il se trouve. Si cet argent est investi sur un support dont la valeur fluctue, rien ne garantit qu'il vaudra à ce moment-là ce que vous y avez mis. Une épargne de précaution insuffisante transforme donc un aléa de la vie en perte financière.

Calculer votre montant, en trois minutes

Le calcul se fait sur vos dépenses, pas sur vos revenus. C'est une différence importante : deux ménages gagnant la même chose peuvent avoir des besoins de réserve très différents selon leurs charges fixes.

  1. Additionnez vos dépenses incompressibles d'un mois

    Loyer ou mensualité de crédit, énergie, eau, assurances, téléphone et internet, transports, alimentation, frais de garde, remboursements en cours. Laissez de côté les loisirs et les vacances : en cas de coup dur, ce sont les premiers postes que l'on réduit.

  2. Multipliez par trois, puis par six

    Vous obtenez votre fourchette. Un ménage dont les dépenses incompressibles s'élèvent à 1 800 € par mois vise donc entre 5 400 € et 10 800 €.

  3. Placez le curseur selon votre stabilité

    Deux salaires en contrat à durée indéterminée dans deux secteurs différents ? Le bas de la fourchette suffit généralement. Un revenu unique, une activité indépendante, un secteur exposé ou une santé fragile justifient de viser six mois, voire davantage.

  4. Ajoutez vos risques matériels connus

    Une voiture ancienne, un logement dont la toiture a vingt ans ou un appareil en fin de vie sont des dépenses qui arriveront. Les intégrer évite d'avoir à puiser dans la réserve dès la première année.

Vous connaissez votre objectif ? Le calculateur vous dit en combien de temps vous l'atteindrez selon ce que vous mettez de côté chaque mois.

Estimer le temps nécessaire

Où la placer

Trois critères, dans cet ordre, et le rendement n'en fait pas partie : l'argent doit être disponible en quelques jours au maximum, le capital ne doit pas pouvoir baisser, et il ne doit y avoir ni frais d'entrée ni pénalité de retrait.

Les livrets d'épargne réglementés cochent ces trois cases : les fonds sont garantis, disponibles à tout moment, et les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu comme de prélèvements sociaux. Leur rendement est modeste, mais c'est précisément le prix de cette disponibilité.

Faut-il laisser cet argent sur le compte courant ? Non. Un compte courant ne rapporte rien, et l'argent qui s'y trouve a une fâcheuse tendance à se faire dépenser. Le simple fait de le déplacer sur un livret dédié suffit souvent à le préserver.

La constituer sans se décourager

Six mois de dépenses représentent une somme considérable quand on part de zéro. Vue d'un bloc, elle décourage. Découpée, elle devient atteignable.

  • Fixez un premier palier à 1 000 €. C'est le montant qui absorbe la majorité des imprévus du quotidien, et il change déjà beaucoup de choses.
  • Programmez un virement automatique le lendemain de la paie. Ce que l'on ne voit pas passer ne se dépense pas.
  • Augmentez le montant lors de chaque hausse de revenus, avant que le train de vie ne s'y adapte.
  • Versez-y les rentrées exceptionnelles — prime, remboursement, cadeau — tant que le palier n'est pas atteint.
  • Ne visez pas la perfection : un mois sauté ne remet rien en cause, un abandon si.

Quand y toucher, et comment la reconstituer

Une épargne de précaution sert à couvrir une dépense imprévue et nécessaire. Elle ne sert ni à financer des vacances, ni à saisir une occasion, ni à investir. Ces dépenses-là ont leur propre épargne, mise de côté séparément — c'est d'ailleurs pour cela qu'il est utile d'ouvrir des supports distincts.

Quand vous y puisez, ce n'est pas un échec : c'est exactement ce pour quoi elle existe. La seule règle est de la reconstituer ensuite, en reprenant le virement automatique jusqu'au retour au palier.

Une fois la réserve complète, cessez de l'alimenter. Au-delà du besoin, l'argent qui y dort perd du pouvoir d'achat à cause de l'inflation. C'est le moment de diriger les versements vers un horizon plus long.

Les erreurs à éviter

  • Attendre d'avoir « assez » pour commencer : le premier virement compte plus que son montant.
  • Confondre épargne de précaution et épargne de projet, et se retrouver sans réserve après avoir financé des vacances.
  • Placer la réserve sur un support dont la valeur peut baisser, pour gagner un peu de rendement.
  • La laisser grossir indéfiniment bien au-delà de six mois de dépenses, alors que l'inflation la ronge.
  • La garder sur le compte courant, où elle finit invariablement par être dépensée.

Questions fréquentes

Trois mois ou six mois de dépenses ?

Trois mois conviennent à un ménage à deux revenus stables, sans charge lourde. Six mois s'imposent en cas de revenu unique, d'activité indépendante, de secteur exposé ou de charges fixes élevées. Dans le doute, viser le haut coûte peu et rassure beaucoup.

Faut-il compter en revenus ou en dépenses ?

En dépenses, et plus précisément en dépenses incompressibles. C'est ce qu'il faut continuer à payer même en cas de coup dur, et c'est donc ce que la réserve doit couvrir.

Que faire si je n'arrive pas à épargner quoi que ce soit ?

Commencer par regarder où part l'argent, poste par poste, pendant deux mois. C'est souvent plus instructif qu'un effort de volonté. Si le budget est réellement à l'équilibre exact, un point conseil budget peut aider : ces structures sont gratuites et ne vendent rien.

Les intérêts d'un livret réglementé sont-ils imposés ?

Non. Les intérêts des livrets réglementés comme le Livret A et le LDDS sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. C'est l'un de leurs principaux atouts, avec la disponibilité des fonds.

Sources

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